Interview Jacques Nunès – De l’anticorps au CAR : comment CELL-SCALE accélère l’innovation en thérapie cellulaire

Marseille, 23 février 2026 – La thérapie cellulaire constitue l’un des champs les plus dynamiques de l’immunothérapie. Pourtant, transformer une découverte académique en approche thérapeutique reste un défi pour de nombreux laboratoires. La plateforme CELL-SCALE, développée au sein de Marseille Immunology Biocluster, vise précisément à accélérer cette transition.

Pouvez-vous définir CELL-SCALE et CARATS ?

CELL-SCALE est une plateforme préclinique de thérapie cellulaire intégrée à l’unité d’appui à la recherche MIB Tech, au sein de Marseille Immunology Biocluster.

Sa mission est de transformer des anticorps issus de la recherche académique et industrielle en constructions CAR exploitables dans des cellules effectrices, pour des partenaires ne disposant pas d’expertise interne en ingénierie cellulaire.

Les anticorps utilisés peuvent provenir notamment de la plateforme B-SCREEN ou de brevets développés par les équipes académiques partenaires.

La plateforme s’appuie sur des technologies standardisées, qu’elle combine avec ses propres briques technologiques : des cibles antigéniques innovantes et des cellules issues de l’immunité adaptative ou  innée.

CARATS constitue un des premiers projets pilotes déployés sur CELL-SCALE.

Il vise à évaluer trois cibles sous propriété intellectuelle (Nectine-4, ICOS et PD-L1) sur trois types cellulaires : lymphocytes T, cellules NK et Tγδ.

 

CARATS en bref
  • 3 cibles : Nectine-4, ICOS, PD-L1
  • 3 cellules : T, NK, Tγδ
  • objectif : nouvelles immunothérapies pour tumeurs solides

Concrètement, comment un chercheur utilise-t-il CELL-SCALE ? Quel chaînon manquant comble-t-elle ?

CELL-SCALE répond à un blocage fréquent dans la recherche académique : la transformation d’un anticorps prometteur en produit de thérapie cellulaire nécessite des compétences et des infrastructures en ingénierie cellulaire souvent indisponibles au sein des laboratoires.

La plateforme permet ainsi de prendre le relais à partir d’un anticorps candidat et d’assurer l’ensemble des étapes nécessaires : séquençage du scFv, construction génétique, transduction des cellules effectrices, expansion et tests fonctionnels.

Ces étapes sont intégrées dans un parcours cohérent, permettant d’accélérer significativement la validation préclinique.

Sans une telle infrastructure, cette transition vers des approches CAR nécessiterait plusieurs années de développement et des coûts très élevés en sous-traitance industrielle.

CARATS cible Nectine-4, ICOS et PD-L1. Pourquoi ces antigènes et pourquoi ces cellules ?

Les trois antigènes ciblés dans le cadre du projet CARATS (Nectine-4, ICOS et PD-L1) sont protégés par des brevets. Mais la sélection de ces antigènes repose avant tout sur leur pertinence biologique et clinique dans des cancers où les immunothérapies cellulaires  doivent encore prouver leur efficacité, tels que le carcinome de l’ovaire ou les lymphomes T cutanés.

L’approche développée s’appuie sur une double innovation.

D’une part, le choix des cellules effectrices : les cellules NK et les lymphocytes Tγδ, issus de l’immunité innée, présentent des caractéristiques particulièrement adaptées aux tumeurs solides. Ils sont capables de reconnaître les cellules tumorales sans restriction CMH, d’infiltrer plus efficacement le stroma tumoral et sont souvent associés à des pronostics cliniques plus favorables.

D’autre part, la sélection des cibles antigéniques.

Nectine-4 est surexprimée dans des tumeurs solides et déjà validée cliniquement dans les cancers urothéliaux par un traitement ADC, Padcev®. ICOS présente des résultats prometteurs, notamment dans les lymphomes T cutanés. PD-L1 demeure, quant à lui, un acteur central des mécanismes d’immunosuppression tumorale et une cible stratégique pour de nouvelles approches de thérapie cellulaire.

Comment CARATS dépasse-t-il les limites des CAR-T actuels ?

L’ambition de ce projet est d’utiliser une construction CAR sur différentes cellules immunitaires. La même cible pourra être intégrée dans une thérapie CAR-T standard et dans d’autres types de CAR-T, CAR-NK et CAR-Tγδ.

Quels verrous le projet CARATS permet-il de lever ?

Le projet CARATS en est à son stade initial et les verrous biologiques identifiés n’ont pas encore été levés. Néanmoins, il se positionne délibérément sur des indications dans lesquelles les CAR-T actuels ont démontré des limites, en particulier les tumeurs solides dites « froides », telles que le cancer du sein triple négatif, ainsi que certains lymphomes.

Concernant ICOS, des anticorps-conjugués appelés aussi ADC (antibody-drug conjugates) développés par Daniel Olive et ses collaborateurs ont déjà montré leur capacité à éliminer certaines formes de lymphomes. Dans ce contexte, CARATS évaluera l’hypothèse selon laquelle une approche CAR-ICOS pourrait constituer une stratégie de relais thérapeutique en cas de résistance aux ADC, avec l’objectif d’élargir les options de prise en charge dans ces indications.

À trois ou cinq ans, quel horizon réaliste voyez-vous entre “bench” et “bedside” ?

L’objectif est d’atteindre une première étape clinique dans un délai de trois ans, perspective considérée comme réaliste au regard de la stratégie de développement retenue.

L’approche repose sur la combinaison de cibles différenciantes, sélectionnées pour leur pertinence biologique et clinique, avec un éventail élargi de cellules effectrices adaptées aux contraintes des tumeurs solides en particulier. Le développement sera conduit jusqu’au stade préclinique par l’équipe académique, avant un transfert vers des partenaires industriels, notamment des biotechnologies spécialisées, en charge de la production et du déploiement clinique à plus grande échelle.

Un dernier mot ?

Le projet entre aujourd’hui dans une phase stratégique déterminante et constitue une opportunité structurante pour les équipes souhaitant s’y associer.

CARATS explore des cibles innovantes (Nectine-4, ICOS et PD-L1) en mobilisant des cellules effectrices non conventionnelles telles que les cellules NK et les lymphocytes Tγδ. Cette approche différenciante vise à ouvrir de nouvelles perspectives thérapeutiques dans des indications où les stratégies actuelles montrent leurs limites. Dans ce cadre, l’environnement CELL-SCALE représente un levier majeur pour transformer des anticorps issus de la recherche académique en preuves de concept robustes et transférables vers le développement clinique.

Le projet devient pleinement opérationnel, avec des financements effectifs en février 2026 et le recrutement d’un·e ingénieur·e planifié en mai 2026.

À retenir
  • CELL-SCALE est une plateforme de thérapie cellulaire de Marseille Immunology Biocluster
    Elle permet de transformer des anticorps prometteurs en constructions CAR
  • CARATS est le premier projet pilote développé sur la plateforme
  • L’objectif est d’accélérer le développement de nouvelles immunothérapies cellulaires

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