SAB Voices : Francesca Barone : insuffler un esprit entrepreneurial à l’immunologie

Marseille, 4 mai 2026 – La première fois que Francesca Barone s’est assise dans un café à Boston et a entendu les personnes autour d’elle parler de cytométrie en flux et des dernières découvertes scientifiques, elle a eu le sentiment d’être exactement à sa place.

« Je suis une vraie passionnée de science, donc si je peux faire de la recherche et apprendre de nouvelles choses, c’est exactement l’endroit où je veux être. »

Francesca Barone, initialement formée comme médecin-scientifique et rhumatologue, est tombée amoureuse du système immunitaire alors qu’elle était encore étudiante dans son Italie natale.

« Mon intérêt et ma passion pour l’immunologie ont commencé très tôt pendant mes études », raconte-t-elle. « J’ai été totalement fascinée par le système immunitaire. »

À cette époque, les chercheurs commençaient à comprendre comment les cellules, les cytokines et les chimiokines interagissent, et Francesca Barone percevait déjà que ces connaissances pouvaient se traduire directement en thérapies. C’était une discipline où découverte scientifique et application clinique commençaient à converger. Cela a renforcé sa conviction que les avancées scientifiques prennent tout leur sens lorsqu’elles peuvent être transformées en traitements capables de changer la vie des patients.

Elle a ensuite construit sa carrière entre pratique clinique et monde académique au Royaume-Uni, en prenant en charge des patients atteints de maladies auto-immunes tout en dirigeant des recherches translationnelles.

Mais avec le temps, elle a pris conscience des limites du système académique lorsqu’il s’agit d’amener les découvertes jusqu’aux patients. En 2019, elle rejoint l’écosystème biotech à Boston, à la recherche d’un environnement dans lequel les idées peuvent passer plus rapidement du laboratoire à la clinique.

Quand le système immunitaire devient le traitement

Aujourd’hui, Francesca Barone se consacre à l’immunothérapie du cancer en tant que Chief Scientific Officer chez Candel Therapeutics.

Son travail reflète une vision de la science collaborative, translationnelle et résolument tournée vers l’impact. Ici, le système immunitaire devient lui-même le traitement. Plutôt que de cibler directement le cancer, les thérapies sont conçues pour activer la réponse immunitaire propre au patient.

« Le médicament ultime, ce sont les lymphocytes T et les lymphocytes B », explique-t-elle. « C’est le système immunitaire qui va combattre le cancer. »

Cette évolution permet aujourd’hui aux chercheurs de passer de la compréhension des maladies à une transformation directe des résultats pour les patients.

Mais pour Francesca Barone, l’immunologie va bien au-delà de l’oncologie. Les mêmes mécanismes qui alimentent l’inflammation chronique peuvent également influencer le développement des cancers et sont de plus en plus associés à d’autres pathologies, notamment les maladies neurodégénératives.

« Nous découvrons aujourd’hui à quel point le système immunitaire est impliqué dans la pathogenèse de nombreuses maladies différentes », souligne-t-elle.

Cette capacité à établir des ponts entre différentes pathologies est précisément ce qui fait de l’immunologie un domaine si puissant, et ce qui continue de guider sa manière d’aborder son travail.

C’est également ce qui l’a conduite à rejoindre le Scientific Advisory Board du Marseille Immunology Biocluster.

Construire les bonnes conditions pour une science translationnelle

Ayant expérimenté de première main les avantages de l’écosystème de Boston, Francesca Barone voit à Marseille le potentiel de construire un modèle similaire en Europe, réunissant excellence scientifique et capacité à accélérer le passage de la découverte à l’application clinique.

« Les États-Unis ont fait preuve d’une vision très avant-gardiste dans leur manière d’intégrer l’esprit entrepreneurial à la science », explique-t-elle. « Boston a créé un écosystème extrêmement intéressant. »

Selon elle, l’opportunité à Marseille réside dans la création d’une structure similaire reliant recherche, développement clinique et production au sein d’un même écosystème.

« Rien n’empêche l’Europe d’atteindre le même niveau », ajoute-t-elle.

Elle souligne que le modèle des bioclusters est particulièrement pertinent car il reconnaît qu’une découverte seule ne suffit pas. Les essais cliniques précoces, par exemple, ne consistent plus uniquement à démontrer la sécurité d’un traitement, mais aussi à comprendre son mode d’action, identifier des biomarqueurs et affiner son utilisation. Réunir ces différents éléments dès le départ peut considérablement accélérer les progrès.

Le développement d’un médicament, explique-t-elle, n’est pas un processus linéaire mais une boucle continue, dans laquelle les enseignements issus des essais cliniques alimentent à leur tour la recherche, et où la compréhension des mécanismes d’action d’un traitement est aussi importante que l’évaluation de sa sécurité. Les structures capables de favoriser ce type d’échanges restent encore relativement rares, en particulier en Europe.

« La collaboration est essentielle en science », affirme-t-elle. « Il faut maintenir une proximité forte entre les chercheurs, les médecins et les personnes qui développent les médicaments. »

Les avancées en immunologie dépendront non seulement des nouvelles découvertes, mais aussi des structures capables de permettre à ces découvertes de circuler et de se transformer en applications concrètes. C’est ce qui a attiré Francesca Barone à Boston, et ce qui façonne aujourd’hui son engagement à Marseille.

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