Gouvernance & expertises Communiqué de presse - Lancement MIB
Marseille, 30 juin 2026 – Le professeur Pedro Romero, président du Scientific Advisory Board de Marseille Immunology Biocluster, imaginait autrefois son avenir dans la physique nucléaire.
Né en Colombie, il se passionne très tôt pour les sciences fondamentales et se projette d’abord dans une carrière dédiée à l’étude des particules et des réacteurs. Mais cette voie se heurte rapidement à une réalité très concrète : à l’époque, la Colombie ne dispose pas des infrastructures nécessaires pour mener ce type de travaux.
« Il n’y avait pas de réacteur à particules, ni rien de comparable », se souvient-il.
Pedro Romero
Pedro Romero s’oriente alors vers la médecine, à la recherche d’une discipline capable de conjuguer exigence scientifique et impact sociétal. Après sa formation médicale à Bogotá, il rejoint un laboratoire d’immunologie engagé dans le développement d’un programme de vaccin contre le paludisme. Il y découvre la biologie des lymphocytes T, un domaine qui va profondément orienter la suite de son parcours.
« Mon contact avec l’immunologie a commencé très tôt », explique-t-il. « Et j’ai su que c’était ma voie. »
Une bourse postdoctorale à l’Université de New York lui permet ensuite de poursuivre ses recherches en immunologie du paludisme. Puis, une visite au Ludwig Institute for Cancer Research, à Lausanne, marque un tournant : Pedro Romero réoriente progressivement ses travaux vers l’immunologie tumorale.
À Lausanne, alors que la communauté scientifique commence à mieux comprendre le rôle des lymphocytes T dans le cancer, il se forme au clonage de lymphocytes T et aux tests fonctionnels. Peu à peu, il s’engage dans le champ de recherche qui structurera le reste de sa carrière.
C’est également à Lausanne que Pedro Romero construit un parcours à l’interface entre recherche fondamentale et recherche translationnelle en oncologie, avec un intérêt particulier pour le mélanome et d’autres tumeurs solides, notamment les cancers de la vessie et les cancers de la tête et du cou.
« J’ai eu la chance, au fil des années, de pouvoir associer des travaux menés sur des modèles murins de tumeurs bien caractérisés à la mise en place d’essais cliniques de phase I en immunothérapie », souligne-t-il.
Cette volonté de créer des passerelles entre recherche fondamentale et applications cliniques est aussi ce qui l’a convaincu de rejoindre l’aventure MIB.
Lorsqu’il est sollicité pour présider le Scientific Advisory Board de MIB, Pedro Romero y voit l’occasion de contribuer à la structuration d’un grand pôle européen d’immunologie translationnelle.
Il découvre Marseille au début des années 1990, alors qu’il est chercheur postdoctoral. Depuis, il suit de près la production scientifique de la région et connaît la richesse de son écosystème en immunologie.
Pour lui, Marseille est depuis longtemps un territoire reconnu pour ses contributions majeures à la recherche en immunologie. Et l’émergence de MIB intervient, selon lui, à un moment particulièrement stratégique pour la discipline.
« Je pense que l’immunologie a atteint un niveau de maturité qui lui permet aujourd’hui de franchir une nouvelle étape », affirme-t-il.
Cette nouvelle étape, selon Pedro Romero, est celle de la translation : faire travailler ensemble chercheurs fondamentaux, chercheurs translationnels, cliniciens, hôpitaux et partenaires industriels au sein d’un écosystème étroitement connecté. L’objectif est clair : accélérer le passage des découvertes vers les essais cliniques, tout en permettant aux observations issues du soin de nourrir directement de nouvelles questions de recherche.
Cet enjeu lui tient particulièrement à cœur, car il a déjà observé ce qui peut se produire lorsque des découvertes scientifiques majeures ne sont pas développées localement.
Au début des années 1990, plusieurs molécules immunitaires clés, notamment autour de CTLA-4 et d’IL-17, ont été identifiées dans des laboratoires marseillais. Ces découvertes sont ensuite devenues des bases essentielles de l’immunothérapie moderne du cancer et du traitement des maladies auto-immunes. Pourtant, une grande partie de leur développement clinique et industriel s’est poursuivie ailleurs.
« MIB est une idée puissante : faire en sorte que les découvertes majeures en immunologie réalisées dans la région puissent aussi y trouver leur développement clinique et industriel », explique-t-il.
Ce besoin de translation est d’autant plus important que l’immunologie devient elle-même de plus en plus complexe.
Pour Pedro Romero, l’un des aspects les plus stimulants de la discipline aujourd’hui tient à la précision inédite avec laquelle les scientifiques peuvent désormais observer le système immunitaire. Les progrès du séquençage de nouvelle génération, de la transcriptomique spatiale et de l’immunologie des systèmes permettent d’analyser les interactions immunitaires avec un niveau de détail toujours plus fin, à l’échelle cellulaire et moléculaire.
« Nous progressons rapidement vers une compréhension très fine du fonctionnement du système immunitaire », souligne-t-il.
Dans le même temps, l’immunologie dépasse largement son rôle historique de système de défense contre les agents pathogènes. Le système immunitaire est désormais compris comme un régulateur central de l’homéostasie des tissus, de l’inflammation chronique et de la communication entre les organes. Les mécanismes immunologiques sont de plus en plus impliqués dans les maladies auto-immunes, les maladies neurodégénératives ou encore les pathologies métaboliques.
Cette vision élargie ouvre de nouvelles perspectives thérapeutiques.
Plus profondément encore, elle transforme la manière même de penser la maladie : non plus comme une atteinte isolée d’un organe, mais comme le résultat de processus biologiques interconnectés, dans lesquels le système immunitaire joue un rôle central.
Pour Pedro Romero, l’immunologie n’a pas encore révélé toute l’étendue de son potentiel.
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