Les immunothérapies ouvrent de nouvelles perspectives contre les maladies auto-immunes

Marseille, 17 septembre 2026 – Pendant des décennies, les personnes atteintes de maladies auto-immunes ont dû envisager de vivre avec leur maladie toute leur vie.

Les traitements ont progressé et permettent à beaucoup de patients de contrôler leurs symptômes. Mais faire disparaître la maladie restait, dans une large mesure, hors de portée.

Depuis quelques années, cette perspective commence à évoluer.

Des progrès considérables ont été réalisés pour contenir les maladies auto-immunes. Des patients atteints de polyarthrite rhumatoïde peuvent désormais se tenir debout et marcher. Aujourd’hui, pour la première fois, il existe un espoir de guérir au moins certaines maladies auto-immunes.

L’enjeu est considérable. Les maladies auto-immunes, dans lesquelles le système immunitaire attaque par erreur les tissus sains, touchent des millions de personnes dans le monde. Elles comprennent des affections aussi diverses que la polyarthrite rhumatoïde, le lupus, la sclérose en plaques, la sclérodermie systémique et le diabète de type 1.

Pendant longtemps, la principale approche a consisté à contrôler cette réponse immunitaire anormale, d’abord à l’aide de corticoïdes et d’immunosuppresseurs à large spectre, puis, de plus en plus, grâce à des traitements ciblés. Ces avancées ont considérablement amélioré la situation de nombreux patients.

Des limites importantes demeurent toutefois. Les traitements visent encore principalement à contrôler la maladie, souvent sur le long terme, plutôt qu’à éliminer le dysfonctionnement immunitaire qui en est à l’origine.

Plus récemment, de premiers résultats cliniques ont suggéré qu’il pourrait être possible d’aller plus loin : intervenir suffisamment en profondeur sur le système immunitaire pour modifier l’évolution de la maladie elle-même.

Des pistes issues de l’oncologie

Si cette possibilité paraît aujourd’hui envisageable, c’est en partie grâce aux avancées réalisées en oncologie.

Au cours de la dernière décennie, l’immunothérapie a profondément changé le traitement du cancer. Les inhibiteurs de points de contrôle immunitaire ont montré qu’il était possible de réactiver le système immunitaire pour qu’il attaque les tumeurs. Les thérapies par cellules CAR-T ont, quant à elles, démontré que les cellules immunitaires d’un patient pouvaient être modifiées pour reconnaître et éliminer certaines cellules cancéreuses. Jusqu’à présent, ces approches ont obtenu leurs résultats les plus marquants dans certains cancers du sang.

« La voie ouverte par l’immunothérapie dans le cancer va aussi s’appliquer à bien d’autres domaines », explique Nicolai Wagtmann, membre du conseil scientifique international de MIB. « Les maladies auto-immunes en font partie. »

Dans le cancer, l’objectif est souvent d’aider le système immunitaire à attaquer plus efficacement. Dans les maladies auto-immunes, il s’agit d’arrêter un système immunitaire qui s’est retourné contre l’organisme. Certains des mêmes outils peuvent néanmoins être utilisés.

Les thérapies CAR-T conçues pour éliminer les lymphocytes B malins dans certains cancers du sang sont désormais étudiées pour cibler les lymphocytes B qui contribuent à des maladies auto-immunes sévères. En éliminant profondément ces cellules, les chercheurs espèrent que la population de lymphocytes B pourra se reconstituer sans reproduire la même réponse auto-immune. Cela reviendrait, en quelque sorte, à réinitialiser une partie du système immunitaire, explique Xavier Mariette, membre du conseil scientifique international de MIB.

« Les lymphocytes B peuvent se reconstituer de manière normale, sans caractère auto-immun, ce qui permet une rémission prolongée de la maladie », précise-t-il.

Les premiers résultats cliniques ont renforcé cette hypothèse. Dans une série de cas publiée en 2024 dans le New England Journal of Medicine, 15 patients atteints d’un lupus, d’une myosite inflammatoire idiopathique ou d’une sclérodermie systémique sévères et résistants aux traitements ont reçu une thérapie CAR-T ciblant CD19. Leur état clinique s’est nettement amélioré et tous ont pu arrêter leur traitement immunosuppresseur.

Ces résultats ont suscité un vif intérêt pour cette approche. Les données restent toutefois préliminaires, et une rémission ne signifie pas une guérison. De récentes préoccupations concernant la sécurité de ces traitements ont conduit à suspendre certains essais de CAR-T dans les maladies auto-immunes. Elles soulignent la nécessité de mieux comprendre les risques à mesure que la recherche avance. Un suivi plus long est également nécessaire pour savoir combien de temps ces réponses se maintiennent et si la maladie finit par réapparaître.

Par ailleurs, les CAR-T ne constituent pas aujourd’hui un traitement destiné à toutes les personnes atteintes d’une maladie auto-immune. Les premières études ont surtout porté sur des patients présentant une maladie sévère et évolutive, après l’échec de plusieurs traitements. Les maladies auto-immunes mettent également en jeu différentes composantes du système immunitaire : une approche ciblant les lymphocytes B ne conviendra donc pas nécessairement à toutes.

Les CAR-T pourraient elles-mêmes n’être qu’un point de départ. Les traitements actuels sont complexes et mobilisent d’importantes ressources : les cellules doivent être prélevées chez les patients, modifiées en laboratoire, puis réinjectées. Les chercheurs explorent déjà des approches susceptibles d’obtenir des effets similaires de manière plus simple et plus sélective, qu’il s’agisse de modifier les cellules CAR-T directement dans l’organisme ou de cibler uniquement les lymphocytes B responsables de la maladie.

Il reste donc beaucoup à faire pour mieux comprendre quelles cellules et quels mécanismes interviennent dans les différentes maladies auto-immunes, identifier les bonnes cibles thérapeutiques et déterminer quelles approches peuvent produire des résultats durables en toute sécurité.

Les premiers résultats obtenus avec les CAR-T encouragent aussi les chercheurs à rechercher des moyens plus sélectifs et plus faciles à mettre en œuvre pour obtenir des effets comparables. Parmi les pistes étudiées figurent des traitements fondés sur les anticorps, qui pourraient à terme être administrés par injection.

MIB est bien placé pour contribuer à cette prochaine étape, en réunissant à Marseille des expertises en immunologie fondamentale, des cliniciens qui prennent en charge les patients, des recherches sur les biomarqueurs et des plateformes technologiques consacrées au développement de nouvelles thérapies.

MIB travaille déjà sur certaines de ces questions à travers B-Screen et Cell-Scale. Ces plateformes relient la découverte d’anticorps et de cibles thérapeutiques à partir des cellules immunitaires de patients au développement de nouvelles thérapies cellulaires, notamment des approches CAR-T contre les maladies auto-immunes.

Ces capacités sont complétées par C2IT, qui accompagne les essais cliniques précoces dans les domaines de l’auto-immunité et de l’inflammation, ainsi que le suivi immunologique et la recherche sur les biomarqueurs.

Ensemble, ces expertises permettent de progresser depuis l’identification des cellules et des cibles impliquées dans la maladie jusqu’au développement et à l’évaluation d’immunothérapies plus précises. Elles pourraient, à terme, contribuer aux rémissions prolongées qui commencent à changer les perspectives pour les personnes atteintes de maladies auto-immunes.

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