SAB Voices : le professeur Olivier Lambotte, immunologiste clinicien, sur le rôle clé de la collaboration dans l’avenir de l’immunologie

Marseille, 7 avril 2026 – Pour le professeur Olivier Lambotte, membre du Scientific Advisory Board de Marseille Immunology Biocluster, l’un des moments fondateurs de sa carrière remonte à ses débuts. Adolescent à Paris, il feuillette un numéro d’un magazine de vulgarisation scientifique, et un article retient particulièrement son attention. Celui-ci explique comment le VIH détruit les lymphocytes T CD4, véritables chefs d’orchestre de la réponse immunitaire.

L’analogie est marquante : les cellules immunitaires y sont décrites comme des soldats en attente d’ordres, et lorsque le virus élimine le centre de commandement, les défenses de l’organisme s’effondrent. Cette explication l’a profondément marqué.

« J’appartiens à la génération qui a grandi durant les années sombres de la crise du sida », explique le professeur Lambotte. « Lorsque j’étais adolescent, c’était probablement l’exemple le plus visible de la défaillance de nos défenses immunitaires face à un agent pathogène, le VIH. Pendant des années, il n’existait aucun traitement, et la situation était donc extrêmement dramatique et anxiogène. »

La crise du sida a constitué une tragédie dans les années 1990 et, pour Olivier Lambotte, une véritable révélation scientifique, en mettant en évidence le rôle central du système immunitaire dans la santé humaine. L’immunologie apparaissait comme la discipline la mieux à même de comprendre ces phénomènes. Initialement formé en médecine interne, il choisit de se spécialiser en immunologie clinique, notamment parce qu’elle offre une vision plus globale de la médecine.

« C’est une discipline fondamentalement transversale, puisque l’immunologie intervient dans un large éventail de pathologies. »

Au fil des années, le VIH est resté un axe de recherche important, même si le domaine a profondément évolué depuis la période de la crise du sida. Des traitements autrefois inimaginables sont désormais courants, et les thérapies antirétrovirales ont transformé le VIH d’une maladie mortelle en une pathologie chronique contrôlable pour de nombreux patients.

L’immunologie, carrefour de la médecine

Aujourd’hui, les travaux d’Olivier Lambotte s’étendent bien au-delà du VIH. En tant qu’immunologiste clinicien et professeur à Université Paris-Saclay, ses recherches portent sur la persistance virale, l’inflammation et l’immunorégulation dans les maladies infectieuses. En revenant sur l’évolution de l’immunologie depuis le début de sa carrière, il souligne que la discipline traverse aujourd’hui l’une de ses périodes les plus stimulantes.

Pendant des décennies, l’immunologie est restée essentiellement descriptive : les chercheurs identifiaient les voies immunitaires, caractérisaient les cellules immunitaires et cartographiaient les mécanismes des maladies, mais la traduction de ces connaissances en traitements restait lente. Cette dynamique est aujourd’hui en train de changer.

« Ce qui est le plus enthousiasmant dans l’évolution actuelle de l’immunothérapie, c’est le développement d’outils thérapeutiques à grande échelle dans de nombreux domaines. C’est véritablement fascinant. »

Les premières avancées thérapeutiques majeures sont issues de la médecine de la transplantation, qui nécessitait des médicaments capables de supprimer les réactions immunitaires. Ces molécules immunosuppressives sont devenues des outils essentiels pour prévenir le rejet de greffe et traiter certaines maladies auto-immunes. Par la suite, une nouvelle génération de thérapies plus ciblées a émergé, notamment avec les anticorps monoclonaux, permettant des interventions d’une précision sans précédent sur les voies immunitaires.

Le véritable tournant est toutefois survenu avec l’essor de l’immunothérapie en oncologie. Les inhibiteurs de points de contrôle immunitaire, tels que les thérapies anti-PD-1, ont démontré que le système immunitaire pouvait être mobilisé pour lutter contre le cancer. Il a fallu plus d’une décennie pour que ces découvertes atteignent la pratique clinique, mais leur impact a profondément transformé le paysage thérapeutique.

Aujourd’hui, Olivier Lambotte décrit l’oncologie comme un « train à grande vitesse », moteur de l’innovation en immunologie, dont la dynamique commence à se diffuser à d’autres domaines. Les maladies auto-immunes et inflammatoires bénéficient déjà de thérapies ciblées telles que les anticorps anti-TNF et les inhibiteurs de cytokines. Parallèlement, la recherche en maladies infectieuses explore de plus en plus des stratégies immunologiques, dans un contexte de résistance croissante aux antibiotiques à l’échelle mondiale.

« La résistance aux antibiotiques est un problème majeur de santé publique mondiale », précise-t-il. « Nous ne pouvons plus compter uniquement sur la découverte de nouvelles molécules chimiques agissant comme de nouvelles pénicillines. »

Les chercheurs explorent désormais des approches visant à renforcer ou moduler la réponse immunitaire elle-même. Ce changement de paradigme — passer du ciblage direct des pathogènes à l’influence du système immunitaire — constitue l’un des axes les plus prometteurs de la médecine moderne.

Favoriser les collaborations grâce au MIB

Cependant, le système immunitaire étant impliqué dans un grand nombre de pathologies, les progrès reposent de plus en plus sur la collaboration entre spécialistes de différents domaines. La création d’espaces favorisant ces échanges est donc devenue essentielle.

C’est précisément ce qui a conduit Olivier Lambotte à s’impliquer au sein du Marseille Immunology Biocluster. Selon lui, la force du MIB réside dans sa capacité à rassembler des experts issus de disciplines variées partageant un socle commun en immunologie. Les chercheurs travaillant en oncologie, maladies infectieuses, transplantation ou maladies auto-immunes peuvent ainsi échanger leurs idées et confronter leurs approches, au-delà des cloisonnements habituels.

« Ce qui m’intéresse le plus au sein du Scientific Advisory Board, c’est la nature multidisciplinaire des profils impliqués », souligne-t-il. « Cette diversité crée des opportunités de fertilisation croisée. »

Pour Olivier Lambotte, ce dialogue est d’autant plus crucial que l’immunologie évolue à un rythme très rapide. La discipline est arrivée à un stade où les découvertes réalisées dans un domaine peuvent rapidement transformer un autre, à condition que les chercheurs puissent communiquer au-delà des frontières traditionnelles.

« L’intelligence du MIB », conclut-il, « est de réunir des immunologistes de différentes disciplines autour d’une même table afin qu’ils puissent partager leurs idées, leurs questions, et même leurs échecs. »

Marseille, avec son écosystème biomédical solide et son ouverture internationale, constitue un terrain particulièrement favorable à ce type de collaboration. En connectant des scientifiques issus de différents pays et horizons, le MIB vise à accélérer la traduction des découvertes en immunologie en nouvelles approches thérapeutiques.

« Ce sont ces échanges entre individus qui m’intéressent profondément », conclut-il. « Je suis convaincu qu’ils peuvent être extrêmement féconds pour l’avenir de l’immunologie. »

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