Gouvernance & expertises Communiqué de presse - Lancement MIB
Marseille, 13 août 2026 – Le Pr Jean-Daniel Lelièvre, membre du conseil scientifique de Marseille Immunology Biocluster, ne s’imaginait pas, à l’origine, faire carrière dans la médecine. Issu d’une famille d’artistes — son père, son grand-père et son frère ont tous étudié aux Beaux-Arts —, il a lui-même envisagé un temps de suivre une voie artistique.
La médecine est venue plus tard, d’abord à travers son intérêt pour la psychiatrie et les liens qu’elle établissait entre l’art et la science. Mais, au cours de ses études de médecine, une autre discipline a progressivement commencé à s’imposer à lui.
« Petit à petit, en étudiant la médecine, j’ai découvert la beauté de la biologie, et tout particulièrement celle de l’immunologie », se souvient-il.
Cette découverte allait façonner une carrière à la croisée de la recherche, de la médecine et de l’enseignement. À l’hôpital Henri-Mondor, Jean-Daniel Lelièvre a travaillé sur les mécanismes de destruction et de régénération des lymphocytes, ainsi que sur les perturbations du système immunitaire liées au VIH. Il cherchait à comprendre comment des modificateurs de la réponse immunitaire, ou immunomodulateurs, pouvaient être utilisés pour traiter le VIH au-delà des traitements antirétroviraux.
Ces travaux l’ont conduit à s’intéresser aux stratégies de vaccination thérapeutique, puis aux vaccins prophylactiques et, plus tard, aux vaccins contre d’autres maladies émergentes, notamment Ebola et la Covid-19.
Aujourd’hui, Jean-Daniel Lelièvre exerce trois fonctions étroitement liées : il enseigne, mène des recherches et prend en charge des patients en tant que médecin. Il est spécialisé en immunologie clinique, avec un intérêt particulier pour les maladies infectieuses.
Concrètement, il suit des patients vivant avec le VIH ou présentant des déficits immunitaires primitifs à l’âge adulte, tout en dirigeant des recherches cliniques au sein du Vaccine Research Institute, où les équipes développent de nouveaux vaccins contre différents agents pathogènes.
Pour Jean-Daniel Lelièvre, l’immunologie n’est plus une spécialité restreinte : elle devient de plus en plus une manière de comprendre la médecine elle-même.
« Tout le monde fait de l’immunologie sans le savoir », affirme-t-il.
Ce qu’il veut dire, c’est que l’immunologie intervient aujourd’hui dans des domaines autrefois considérés comme très éloignés d’elle. La stéatose hépatique, par exemple, est liée à l’inflammation. La psychiatrie et les maladies neurodégénératives sont de plus en plus étudiées à travers le prisme des mécanismes biologiques et inflammatoires. Bien que provoquée par un agent infectieux, la Covid-19 est devenue, dans ses formes sévères, une maladie principalement traitée par immunomodulation. La vaccination elle-même, souligne-t-il, est une application concrète de l’immunologie.
« L’immunologie est une clé pour comprendre un très grand nombre de maladies », explique-t-il. « Pourquoi ? Parce que l’immunologie, c’est la réponse à l’autre, la réponse à un agent extérieur. Elle intervient donc inévitablement dans un très grand nombre de maladies. »
C’est également cette vision élargie de l’immunologie qui l’a attiré vers MIB. Jean-Daniel Lelièvre considère qu’il est essentiel de regarder au-delà de sa propre discipline, en particulier à mesure que l’immunologie établit des liens de plus en plus étroits entre les maladies infectieuses, l’oncologie, les maladies inflammatoires, la rhumatologie et d’autres champs de la médecine.
Cette ouverture est d’autant plus importante que l’immunologie progresse rapidement, et pas toujours de manière prévisible.
En oncologie, les inhibiteurs de points de contrôle immunitaire ont transformé le traitement de cancers qui étaient autrefois abordés selon une approche largement non immunologique. Dans les maladies inflammatoires, les anticorps ciblant spécifiquement les cytokines inflammatoires ont, dans certains cas, remplacé des traitements immunosuppresseurs à large spectre, comme les corticostéroïdes, réduisant ainsi les effets indésirables et améliorant la qualité de vie.
Malgré cette influence croissante, Jean-Daniel Lelièvre insiste sur le fait que l’immunologie reste mal comprise. L’un des clichés associés à cette discipline, explique-t-il, est qu’elle serait trop complexe pour être accessible.
Selon lui, l’immunologie est difficile à appréhender au début pour les étudiants, mais elle n’est pas obscure. Une fois ses éléments fondamentaux compris, elle devient « une sorte de Lego », un jeu de construction dont les différentes briques finissent progressivement par s’assembler.
Le véritable défi, affirme-t-il, réside dans la communication.
« L’immunologie est mal comprise par le grand public, par les médias et même par de nombreux médecins », explique-t-il. « La solution consiste à rendre cette discipline plus intelligible. Il faut transmettre des messages simples, sans toutefois confondre messages simples et messages simplistes. »
Pour Jean-Daniel Lelièvre, cela implique également d’enseigner le fonctionnement du système immunitaire plus tôt et de manière plus approfondie. Chacun est confronté aux maladies infectieuses, au cancer et aux maladies inflammatoires. Comprendre comment l’organisme se défend devrait donc faire partie des connaissances fondamentales.
Au sein de MIB, il identifie plusieurs projets majeurs pour lesquels l’immunologie, la technologie et la médecine clinique devront converger. L’un d’eux concerne la réduction future du recours aux modèles animaux, qui nécessitera le développement de modèles in silico, d’organoïdes et d’études de médecine expérimentale plus précoces chez l’être humain. Un autre porte sur la xénotransplantation, alors que les besoins en greffes augmentent tandis que le nombre d’organes disponibles reste limité.
Jean-Daniel Lelièvre estime également que des structures comme MIB peuvent contribuer à répondre aux enjeux de souveraineté. Dans un monde où les médicaments et les biotechnologies occupent une place croissante dans la compétition géopolitique, il considère que la France et l’Europe doivent s’attacher à transformer l’excellence scientifique en avancées médicales.
Il est profondément convaincu que c’est ce qui rend MIB particulièrement pertinent aujourd’hui. Marseille dispose des fondements scientifiques, de l’environnement clinique et de la diversité d’expertises nécessaires pour faire progresser l’immunologie dans de multiples pathologies. Le rôle de MIB est de fédérer ces forces et d’aider un plus grand nombre de découvertes à devenir les médicaments de demain.
« Marseille Immunology Biocluster est particulièrement pertinent parce qu’il s’inscrit déjà dans un écosystème très favorable », explique-t-il. « La recherche scientifique menée à Marseille est exceptionnelle. »
Comme le résume Jean-Daniel Lelièvre, MIB est la bonne initiative, au bon endroit.
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