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Marseille, 29 septembre 2026 – La professeure Erika Pearce se souvient encore du moment où l’immunologie a cessé d’être une simple matière d’enseignement pour devenir une véritable révélation. En troisième année d’université, elle s’inscrit à un cours d’immunologie alors qu’elle connaît encore peu ce domaine, au-delà des expériences que la plupart des gens peuvent avoir avec la médecine au quotidien, comme les consultations médicales ou les vaccinations. Elle y découvre un univers bien plus complexe et bien plus captivant qu’elle ne l’imaginait.
« J’étais fascinée, se souvient-elle. C’était comme découvrir des extraterrestres, quelque chose de complètement inconnu : comprendre comment notre système immunitaire a évolué pour nous protéger des infections, mais aussi pour préserver notre santé. »
Aujourd’hui membre du Scientific Advisory Board (SAB), le conseil scientifique consultatif de Marseille Immunology Biocluster (MIB), Erika Pearce conserve cette même fascination. Elle dirige un laboratoire de recherche fondamentale consacré à l’étude du métabolisme des cellules immunitaires et à la manière dont leurs activités métaboliques influencent leur différenciation et leurs fonctions.
Ses travaux se situent à l’interface de l’immunologie, de la nutrition, de la biologie cellulaire et de l’étude des maladies. Les cellules immunitaires réagissent aux infections, aux cancers et aux signaux inflammatoires, mais aussi aux nutriments et aux métabolites qui circulent dans l’organisme. Pour Erika Pearce, cette compréhension ouvre une autre manière d’envisager l’immunité : comme un système dont l’activité peut être modulée et, potentiellement, reprogrammée.
Son parcours vers ce domaine de recherche doit en partie au hasard. Lors de son postdoctorat à l’Université de Pennsylvanie, elle étudie les possibilités de modulation du métabolisme des lymphocytes T CD8+. Elle découvre alors qu’en modifiant certaines voies métaboliques, il est possible d’influencer la capacité de ces cellules à protéger l’organisme contre le cancer.
Erika Pearce entame ensuite sa carrière de chercheuse indépendante dans un petit institut situé dans le nord de l’État de New York, avant de rejoindre l’Université Washington de Saint-Louis, où elle obtient sa titularisation. Elle devient par la suite directrice d’un institut Max-Planck en Allemagne, puis retourne aux États-Unis pour établir son laboratoire à l’Université Johns-Hopkins, à Baltimore.
Ce parcours international a renforcé sa conscience d’une difficulté persistante dans la recherche scientifique : la distance qui sépare les découvertes fondamentales de leur traduction en traitements. C’est aussi l’une des raisons qui l’ont conduite à rejoindre le conseil scientifique consultatif de MIB.
« Beaucoup d’entre nous constatent qu’il existe une très grande distance entre les découvertes de la recherche fondamentale, l’industrie et le développement de nouveaux médicaments et traitements destinés aux patients, explique-t-elle. Les uns ne peuvent exister sans les autres. Pourtant, un fossé important les sépare. »
Pour Erika Pearce, la recherche fondamentale constitue le point de départ indispensable de la recherche translationnelle, mais elle ne peut progresser seule vers des applications thérapeutiques. En mettant en relation chercheurs, cliniciens, hôpitaux, entreprises pharmaceutiques et biotechnologiques, MIB peut contribuer à créer les liens qui manquent souvent entre une idée née au laboratoire et un traitement destiné aux patients.
« Ce type d’effort et d’investissement est le seul moyen de parvenir à transformer les découvertes fondamentales en traitements capables de changer la vie des patients », souligne-t-elle.
Pour Erika Pearce, le défi est également conceptuel. L’une des idées reçues qu’elle observe en immunologie consiste à considérer que les cellules immunitaires peuvent simplement être activées ou inhibées, comme si leur fonctionnement reposait sur un interrupteur. Selon elle, cette vision ne rend plus compte de la complexité du domaine.
Elle souligne au contraire l’importance croissante de la reprogrammation, qui consiste à comprendre comment moduler précisément les cellules immunitaires, au bon moment, dans le bon contexte et au sein du bon environnement tissulaire.
Dans cette perspective, le métabolisme représente un levier potentiel. Si les voies métaboliques contribuent à déterminer le comportement des cellules immunitaires, leur ciblage pourrait offrir de nouvelles possibilités pour moduler l’immunité dans les cancers, les maladies inflammatoires, les maladies auto-immunes et d’autres pathologies.
Pour elle, l’une des évolutions les plus intéressantes de l’immunologie réside précisément dans ce passage d’interventions peu ciblées à une modulation plus fine des réponses immunitaires.
« Ce qui me passionne dans l’immunologie, c’est cette prise de conscience que tout ne se résume pas à un système marche-arrêt, explique-t-elle. Je pense que nous commençons véritablement à comprendre le concept de reprogrammation du système immunitaire. »
Cette évolution pourrait, à terme, permettre une immunologie à la fois plus précise et davantage personnalisée.
Parce que le métabolisme dépend en partie des nutriments et des métabolites présents dans l’organisme, Erika Pearce envisage de futures découvertes qui pourraient aider les scientifiques à mieux comprendre comment le fonctionnement du système immunitaire est influencé par l’environnement biologique dans lequel évoluent les cellules immunitaires.
En comprenant mieux l’influence du métabolisme sur l’immunité, les chercheurs pourraient parvenir à concevoir des traitements qui s’appuient sur ces voies métaboliques plutôt que de chercher à les contourner.
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